Publié le Ven 08 Mars 2024 384 Vue(s) [614 articles]
ZONE GRISE : Le coma résiste encore aux explications scientifiques. Mais des chercheurs toulousains viennent de découvrir « un indice » dans le cerveau des patients qui pourrait permettre de poser un diagnostic de réveil et ouvrir des pistes thérapeutiques
L'essentiel
Les mécanismes du coma, cette abolition de l’état de conscience, recèlent encore une part de mystère qui empêche notamment les médecins de donner un pronostic de réveil aux familles.
Une équipe de chercheurs toulousains vient de découvrir « un indice » qui pourrait permettre d’affiner le diagnostic et d’écarter les faux espoirs.
Il s’agit d’inflammations anormales dans certaines zones du cerveau des patients. Plus elles sont importantes, moins il y a de chances de réveil. Mais les localiser porte aussi l’espoir de pouvoir un jour les traiter alors qu’aucun médicament ne soigne actuellement le coma en lui-même.
Va-t-il, ou va-t-elle, se réveiller un jour ? Dans quel état ? Toutes les familles confrontées au coma d’un proche se posent les mêmes questions. Et toutes obtiennent pour l’heure les mêmes non-réponses. « Malheureusement, aujourd’hui, on a beaucoup de mal à imaginer et à savoir, à la phase aiguë de la réanimation, quels patients ont des chances importantes de se réveiller et lesquels conserveront des séquelles irréversibles », explique Benjamine Sarton, médecin réanimatrice au CHU de Toulouse.
Cette incapacité à prévoir l’issue nourrit de véritables « tragédies familiales », parfois de faux espoirs. Pour les soignants, elle floute aussi la limite de l’acharnement thérapeutique.
« Nihilisme thérapeutique »
A cette incertitude dans le pronostic s’ajoute ce que le professeur Stein Silva, lui aussi réanimateur au CHU de la Ville rose, appelle « un certain nihilisme thérapeutique ». « On fait beaucoup de choses pour protéger le cerveau d’éventuelles agressions cérébrales secondaires, pour éviter qu’il ne s’abîme davantage. Mais on a aucun médicament ou aucune action qui nous permette à proprement parler de faire progresser nos malades », reconnaît Benjamine Sarton.
La procédure se borne souvent à maintenir leurs fonctions vitales pour qu’ils puissent quitter la réanimation pour un centre d’éveil. Pas à les soigner vraiment car, souligne la spécialiste, « le coma recèle beaucoup de mécanismes sous-jacents encore incompris ».
Mais il y en a un de moins depuis que le ToNIC, le laboratoire de recherche des deux réanimateurs, a publié sa dernière découverte dans la prestigieuse revue neurologique Brain. L’équipe dirigée par Stein Silva y dévoile, « pour la première fois », que les cerveaux de patients dans le coma présentent des zones « significativement » enflammées.
L’étude, qui a duré quatre ans, porte sur 17 patients pris en charge dans un coma profond par les différents services du CHU : 11 d’entre eux sont des traumatisés crâniens, dont le cerveau a été abîmé dans un accident ou une chute ; les six autres ont été victimes d’une anoxie, leur cerveau a été privé d’oxygène le plus souvent à la suite d’un arrêt cardiaque.
A l’aide de méthodes d’imagerie innovantes, « un biotraceur très récent », Les chercheurs ont ciblé certaines cellules de l’inflammation au niveau du cerveau de ces malades. « Lorsqu’on compare le cerveau de patients dans le coma par rapport aux cerveaux de patients sains, on s’aperçoit que les premiers ont des niveaux très importants d’inflammation, détaille Benjamine Sarton. Et de manière assez intéressante, on s’aperçoit que ces régions enflammées concernent des régions spécifiques que l’on connaît pour être fondamentales dans l’émergence et le maintien d’un état conscient ».
Par ailleurs, ce ne sont pas les mêmes zones qui sont enflammées chez les patients traumatiques et sur les patients anoxiques.
Ceux qui ont des chances, ceux qui n’en ont pas
Enfin, si les chercheurs ignorent à ce stade si ces inflammations témoignent de blessures ou d’un processus de défense du cerveau, la longueur de l’étude leur permet de dire « que les patients qui ont le niveau d’inflammation le plus important, sont malheureusement ceux qui ont le pronostic le plus sombre, qui ne se réveillent pas ou se réveillent avec le plus de séquelles ».
Source 20minutes .fr
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