Publié le Mar 10 Octobre 2023 514 Vue(s) [149 articles]
Il y a quarante-huit heures, le Hamas lançait une attaque d’une ampleur inédite en territoire israélien, faisant plus de 700 morts et plus de 2 000 blessés. Selon les derniers bilans, une centaine de personnes israéliennes sont retenues en otage. En riposte, les forces israéliennes ont pilonné la bande de Gaza. Les bombardements pleuvent sur le territoire depuis samedi matin. Entretien avec l'ambassadrice de Palestine en France, Hala Abou-Hassira.
RFI : Quelles sont les informations qui vous parviennent ce lundi matin de Gaza ?
Hala Abou-Hassira : Un carnage est en train de prendre place dans la bande de Gaza. Je viens d’avoir ma famille, mes cousines au téléphone : tout le monde est bloqué, tout le monde est assiégé, tout le monde est pris en otage dans la bande de Gaza. Deux millions d’habitants aujourd’hui, depuis dix-sept ans déjà, sont pris en otage par l’occupation de l’armée israélienne.
On parle de plus de 120 000 déplacés à l’intérieur même de la bande de Gaza ?
Quelque 120 000 déplacés, des familles, des enfants, des femmes, qui n’ont aucun endroit où aller, aucun abri, aucun refuge. Une partie s’est réfugiée dans les écoles de l’UNRWA, l’agence des réfugiés palestiniens qui dépend des Nations unies. Dimanche, une école qui abrite des familles et des enfants a été bombardée par Israël. Ce matin, il y a une quinzaine de minutes, une autre école a été bombardée, qui abrite des femmes et des enfants qui n’ont aucun endroit où aller. Netanyahu a appelé les habitants de la bande de Gaza à quitter [le territoire]. À le quitter vers où ? Israël impose le blocus le plus inhumain : aujourd’hui l’électricité est coupée sur toute la bande de Gaza, la fourniture de fioul est coupée, les matières premières manquent, les médicaments manquent, les hôpitaux sont bombardés, les ambulances sont bombardées. Huit familles ont été anéanties, disparues du registre civil depuis hier, dans la bande de Gaza.
En s’infiltrant par la terre, par la mer, les airs, comme il l’a fait samedi, le Hamas pouvait-il ignorer les conséquences de cette attaque ? N’était-ce pas une façon de condamner les civils de Gaza à ce type de riposte ?
Rien ne justifie le carnage qui est en train de prendre place et tout le monde est en train de se rendre compte de la dimension gigantesque que l’agression israélienne va prendre. Rien ne justifie de tuer des civils innocents, de tous côtés.
Tout le monde a vu ces scènes de jeunes qui faisaient la fête dans un kibboutz proche de la frontière et qui ont été visés par le Hamas et ensuite pris en otage. Condamnez-vous, par exemple, les prises d’otages civils côté israélien ?
Je vais déplorer beaucoup de choses. Je commence par l’occupation, par l’apartheid, par la colonisation, par les pogroms, par les checkpoints, par la colonisation, par les attaques sur Jérusalem-Est, sur les fidèles chrétiens et musulmans, que le monde entier a vu sur les caméras. Je déplore et je condamne l’assassinat de la journaliste, votre consœur, Shireen Abu Akleh, devant les yeux du monde entier. Je déplore tout ce qui se passe. Et je demande aujourd’hui : c’est le moment de saisir cette crise et de la transformer en opportunité politique pour mettre un terme à la source des problèmes.
L’Autorité palestinienne soutient-elle aujourd’hui l’opération lancée par le Hamas samedi, y compris son mode opératoire ?
L’ensemble du peuple palestinien fait face à une agression, que ce soit dans la bande de Gaza ou en Cisjordanie. Quatorze morts depuis hier en Cisjordanie. Le peuple palestinien est uni aujourd’hui dans sa lutte pour sa liberté, pour son droit inaliénable à l’auto-détermination, et on ne va pas lâcher. Il faut arrêter avec la politique du deux poids deux mesures. Quand on voit que le Palestinien est déshumanisé, que les enfants palestiniens sont déshumanisés, les vies des Palestiniens ne comptent pas, il faut retenir les vies des Palestiniens, il faut retenir les morts Palestiniens. Nous comptons autant que chaque Ukrainien, on a le droit à la résistance à l’occupation militaire israélienne, comme c’est garanti par le droit international. D’ailleurs, Israël est dans l’obligation aujourd’hui de protéger la population civile sous occupation. Israël doit arrêter son agression, doit arrêter son occupation.
Comment sort-on de cette situation ? Il y a eu, hier soir, une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU qui s’est achevée par un mutisme général. Quel est le bon interlocuteur pour sortir de cette situation ?
La seule manière de sortir de cette situation d’enfer pour tous, c’est d’appliquer le droit international. Les Nations unies ont failli. C’est l’échec total pour le système international de rendre Israël responsable de ses crimes, de rendre Israël responsable de son occupation. Toutes les démocraties européennes parlent de renforcer ce système multilatéral, mais uniquement quand il s’agit d’un seul conflit. La Cour pénale internationale et la Cour de justice internationale doivent être renforcées pour appliquer le droit international. La seule sortie, c’est la mise en responsabilité de l’État d’occupation.
L’Autorité palestinienne n’est-elle pas décrédibilisée un peu plus après cette opération très spectaculaire du Hamas ?
Nous n’avons pas arrêté de dire : « Faites attention », et de rendre la communauté internationale aussi responsable de ce manque de perspective politique, y compris la France. On n’a pas arrêté de mettre en garde contre une explosion pour éviter qu’on arrive à cela. Et aujourd’hui, c’est le moment de déclencher une dynamique politique, d’arrêter l’agression qui est en cours sur la bande de Gaza, dans l’ensemble des territoires palestiniens occupés. La paix, c’est la seule manière d’éviter la perte de vies innocentes dans la région.
Source (RFI)
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