Publié le Lun 07 Octobre 2024 367 Vue(s) [149 articles]
Il y a un an jour pour jour, Israël vivait l’attaque la plus meurtrière de son histoire. Et le début d’une nouvelle guerre dans la bande de Gaza, d’un embrasement en Cisjordanie occupée et d’une escalade sans précédent du conflit dans la région.
À l’aube de ce samedi 7 octobre 2023, jour de shabbat,
des milliers de roquettes sont lancées depuis la bande de Gaza vers
Israël. C’est le début de l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », lancée depuis l’enclave palestinienne,
mettant fin à une trêve globalement respectée depuis la fin d'une guerre de
cinq jours en mai de la même année. Des commandos des Brigades Ezzedine
al-Qassam, branche armée du Hamas – mais aussi d’autres factions du Jihad
islamique, du Front démocratique de libération de la Palestine, du Front populaire
de libération de la Palestine et les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa-, sortent,
à l’aide d’explosifs et de bulldozers, de la bande de Gaza.
Plus de 3 000 d’entre eux s’infiltrent dans le sud d’Israël, dont certains en
parapentes motorisés. L’attaque est ainsi menée sur trois fronts : sur terre,
depuis la mer où ces combattants ont débarqué sur des plages israéliennes, et
depuis les airs. « Nous avons
décidé de mettre un terme à tous les crimes de l'occupation »
[israélienne, NDLR], et « plus de 5 000 roquettes » ont été tirées
depuis ce matin, déclare alors Mohammad Deif, commandant des Brigades Ezzedine
al-Qassam, dans un enregistrement audio diffusé par Al-Aqsa TV, chaîne de
télévision du Hamas.
Des morts, des blessés et des otages
Des kibboutz, Kfar Aza, Be’eri et Nir Oz, et de nombreuses localités alentours
sont attaqués et leurs habitants froidement tués lors d’une opération massive
et coordonnée. Mais aussi des bases militaires - Zikim, Nahal Oz, Erez et ReÏm-
où des soldats sont surpris en plein sommeil, abattus dans leurs
baraquements. Pire : plus de 360 personnes décèdent lors de l’attaque
du festival de musique techno Tribe of Nova qui réunit plusieurs
centaines de personnes, pris au piège à seulement quelques kilomètres de la
bande de Gaza.
« C'est absolument fou. Absolument
fou, raconte quelques heures plus tard un habitant de Tel-Aviv sur
RFI. Personne ne pensait que c'était possible. Cette fois-ci, ils n'ont
pas eu besoin de tunnels. Ils ont juste coupé le grillage de la barrière de
séparation et ils sont passés. Tout simplement. Avec des Toyota pleines de
combattants. Cela a l'air tellement facile, c'est incroyable. Cela ressemble à
un jeu vidéo. »
Mille deux cent cinq personnes sont assassinées, dont 815 civils et 36 enfants,
des Israéliens mais aussi des étrangers. Des milliers d’autres personnes sont
blessées. Les hôpitaux appellent aux dons du sang. L’attaque sanglante du Hamas
ne s’arrête pas là. Ce 7 octobre 2023, 251 otages sont emmenés dans la bande de
Gaza. Des témoignages font état d’atrocités inimaginables, des soldats morts,
baignant dans leur sang. Des civils innocents abattus en pleine rue, des femmes
violentées sexuellement.
Des soldats israéliens déployés à Sdérot, le 7 octobre 2023. AP - Ohad
Zwigenberg
La panique s’empare de tous, au point que certains médias propagent les rumeurs
selon lesquelles des bébés ont été mis dans des fours ou ont été décapités,
qu’une femme enceinte aurait été éventrée, informations qui s’avéreront par la
suite être fausses, selon le quotidien Haaretz.
Toujours selon le quotidien israélien daté du 7 juillet 2024, les autorités
auraient, ce 7 octobre, réactivé la directive Hannibal, doctrine militaire mise
en place dans les années 1980 et initialement révoquée en 2016 qui consiste à
empêcher le risque de prise d’otage, même au prix de la mort des captifs. La
doctrine aurait été mise en œuvre dans les bases militaires d’Erez, de Réim et
de Nahal Oz, et dans le kibboutz de Be’eri.
Pour autant, les attaques simultanées du Hamas, souvent filmées par les
assaillants, sont d’une violence inouïe, inédite, « le pire jour pour le peuple juif depuis la Seconde Guerre
mondiale », se rappelle aujourd’hui l’ancien Premier ministre
israélien Ehud Barak. Les sirènes retentissent dans tout le pays, jusqu’à Jérusalem,
suivies de déflagrations des roquettes interceptées dans le ciel par le dôme de
fer, le dispositif anti-missiles israélien. Il faudra près de deux jours à
Israël pour mettre fin au carnage.
Israël « en guerre » contre
les « animaux humains »
Le même jour, peu de temps après cette attaque sans précédent et alors que le
Hamas appelle tous les Palestiniens des territoires occupés au soulèvement
général, le Premier ministre israélien déclare qu’Israël est « en guerre » et affirme par la suite
que son objectif est de détruire le Hamas, au pouvoir depuis 2007 dans la bande
de Gaza. Débute alors l’opération « Épée
de fer ». Le ministre de la Défense Yoav Gallant déclare l’état
d’urgence dans un rayon de 80 kilomètres de la frontière de l’enclave
palestinienne. Des milliers de réservistes sont mobilisés pour être déployés à
Gaza mais aussi en Cisjordanie occupée et le long de la frontière avec le Liban
et la Syrie.
« Nous imposons un siège total
contre la ville de Gaza. Il n'y a pas d'électricité, pas de nourriture, pas
d'eau, pas de carburant. Tout est fermé. Nous combattons les animaux humains et
nous agissons en conséquence », affirme ensuite Yoav Gallant. Ce
7 octobre, 232 Palestiniens sont tués à Gaza et des centaines d’autres blessés.
La bande de Gaza commence à être bombardée. Trois tours de plus de dix étages
s’écroulent le jour même, rapporte alors l'AFP.
L’Autorité palestinienne est également en état d’alerte. Ses hôpitaux
déclenchent une opération spéciale pour accueillir des blessés de Gaza. Beaucoup
s’attendent à une lourde riposte israélienne contre l’enclave côtière
palestinienne, où vivent plus de deux millions d’habitants.
Des Palestiniens devant un char israélien en feu près de la barrière de la
bande de Gaza, à l'est de Khan Younis, le samedi 7 octobre 2023. AP - Hassan
Eslaiah
Une faille des services de sécurité israéliens
Ce 7 octobre 2023, les Israéliens se demandent comment cette attaque a pu se
produire alors qu’Israël possède la plus puissante armée du Moyen-Orient, une
armée qui passe à l’action seulement vers 10h du matin, soit quatre heures
après le début du drame. En Israël, le 7 octobre est qualifié de « naufrage sécuritaire ». Depuis des
mois, le pays est vulnérable, traversé par une vague de manifestations contre
la réforme de la justice qui se traduit aussi par un refus de mobilisation
militaire en signe e de protestation. Des réservistes de l’armée débrayent
et refusent de s'entraîner durant les derniers mois.
En juin 2024, la télévision publique Kan révèlera l'existence d'un rapport
de l'unité 8 200 - unité chargée de décoder et analyser les informations
obtenues par le service de renseignement – datant du 19 septembre 2023 qui
détaille des entraînements d'unités d'élite du mouvement islamiste palestinien
en vue de raids contre des positions militaires et des kibboutz dans le sud
d'Israël, soit moins de trois semaines avant que le Hamas ne lance son attaque
sanglante. Les services israéliens avaient obtenu les plans de l’attaque, un
document du Hamas de 40 pages baptisé du nom de code « Mur de Jéricho », un an avant son
déclenchement, selon le New York Times.
Également, longtemps avant le 7 octobre 2023, des soldates israéliennes
avertissent leur hiérarchie que le groupe palestinien prépare, sous leurs yeux,
son opération. « On les voyait
vraiment s’entraîner comme une armée, raconte un an plus tard l’une
d’elles à Sami Boukhelifa, notre correspondant à Jérusalem. Ils ont comme
des maquettes de notre barrière [de sécurité]. Ils déguisaient des personnes en
soldats, apprenaient à les enlever en les neutralisant. Ils avaient aussi des
maquettes de tanks avec des écritures en hébreu. Ils apprenaient à détruire des
maisons, des murs, des fenêtres. Ils avaient tout. »
On voyait à peu près une fois par semaine le Hamas, qui passait en camionnette
et qui nous regardait avec des jumelles...
Ecoutez notre entretien avec une soldate israélienne
Sami Boukhelifa
L'Égypte, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, puis du
président Sissi lui-même, a aussi alerté Israël sur des risques de possibles
violences « trois jours »
avant l'assaut du Hamas, indique le 11 octobre 2023 l'élu américain Michael
McCaul, chef de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des
représentants.
L'attaque de ce samedi 7 octobre 2023 constitue la plus vaste et sanglante
incursion en Israël depuis l'assaut surprise lancé par les forces syriennes et
égyptiennes au début de la guerre israélo-arabe d’octobre 1973. Un an
après, le 7 octobre 2024, 97 otages sont toujours retenus en captivité, dont 33
déclarés morts. La bande de Gaza a été détruite à 70%, près de 42 000
Palestiniens, dont des femmes et des enfants en majorité, ont été tués et la
situation humanitaire est catastrophique. Le conflit a pris une tournure
régionale et la communauté internationale semble impuissante à y mettre un
terme, faisant craindre chaque jour une nouvelle escalade"
RFI
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