Publié le Ven 26 Janvier 2024 436 Vue(s) [149 articles]
Israël doit prévenir tout éventuel acte de génocide et permettre l'accès de l'aide humanitaire à Gaza : c'est ce qu'a statué ce vendredi 26 janvier la Cour internationale de justice, dans un verdict très attendu, qui n'a toutefois pas évoqué de cessez-le-feu dans l'enclave palestinienne.
La cour internationale de justice (CIJ) a tranché : Israël doit faire tout son possible pour « empêcher » tout acte de « génocide » dans la bande de Gaza, et aucun dirigeant ne doit faire de déclarations incitant au génocide, a déclaré la juridiction depuis la salle d’audience du Palais de la Paix, à La Haye. En plus, « l'État d'Israël doit prendre sans délai des mesures effectives pour permettre la fourniture des services de base et de l'aide humanitaire », a-t-elle ajouté dans son verdict, suivi dans le monde entier. La Cour a en effet jugé que la « situation humanitaire catastrophique » à Gaza « risquait sérieusement de se détériorer davantage » et de causer des dommages irréparables dans l'enclave.
Concrètement, les juges ont exigé qu'Israël ne commette pas de meurtres, n'entrave pas les naissances à Gaza, ne rende pas la survie des Palestiniens impossible, et ne provoque pas d’atteinte à leur intégrité mentale et physique. Car tous ces actes pourraient constituer un génocide s’ils étaient commis dans l’intention de détruire les Palestiniens de Gaza.
Pour rendre sa décision, la CIJ a estimé ne pas avoir de confirmation du nombre de victimes à Gaza, mais elle s'est basée sur les rapports officiels des Nations unies, selon lesquels la quasi-totalité de la population de Gaza gardera les séquelles physiques ou psychologiques des opérations militaires en cours, rapporte notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet. 93% des Gazaouis souffrent de faim à des degrés divers et 1,7 million de personnes ont été déplacées par le conflit.
Pas de demande de cessez-le-feu
En revanche, trois des mesures demandées n’ont pas été accordées. La Cour n’a par exemple pas ordonné la suspension des opérations militaires israéliennes, comme le demandait l’Afrique du Sud, à l'origine de la procédure lancée en décembre dernier. Le pays avait saisi l'instance, estimant qu'Israël viole la Convention des Nations unies sur le génocide de 1948.
À ce stade de la procédure, la CIJ ne s’est pas non plus clairement prononcée sur la question du génocide allégué d’Israël à Gaza. Mais elle estime néanmoins « plausible » que de tels actes puissent être commis, indique notre correspondante à La Haye, Stéphanie Mapas.
S'adressant aux journalistes sur les marches du Palais de la Paix, la ministre sud-africaine des Affaires étrangères, Naledi Pandor, a déclaré que, pour elle, ces mesures équivalaient à un appel à un cessez-le-feu. « Comment fournir une aide humanitaire sans cessez-le-feu ? Comment fournir de l'eau, un accès à l'énergie ? Comment garantir que les blessés bénéficient de soins de santé, etc. ? », s'est-elle interrogée. « Sans un cessez-le-feu, rien de tout cela ne peut être fait », a-t-elle lancé.
Devant le tribunal, des centaines de manifestants des deux côtés se sont rassemblés, ont scandé des slogans et brandi des banderoles. « Des survivants d'un génocide sont jugés pour avoir commis un génocide, c'est fou », a déclaré à l'AFP un entrepreneur pro-israélien de 32 ans. « Cela me brise vraiment le cœur qu'il n'y ait pas de cessez-le-feu », a lancé de son côté un manifestant pro-palestinien, après avoir entendu le verdict.
Cependant, aucune recommandation n'a été prononcée par la CIJ envers le Hamas. La plus haute juridiction de l'ONU ne peut pas, légalement, ordonné des mesures au mouvement islamiste palestinien, puisqu'elle ne traite qu’avec les États. Mais les juges ont néanmoins lancé un appel à la libération immédiate et inconditionnelle des otages.
En réaction, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a jugé « scandaleuses » les accusations de « génocide » à Gaza déposées par l'Afrique du Sud. Israël a souligné lors des audiences passées qu'il agissait en état de légitime défense après l'attaque du Hamas et qu'il faisait tout ce qui était en son pouvoir pour protéger les civils. Mais même si les mesures visant à aider les civils « doivent être encouragées, elles sont insuffisantes » pour protéger les droits des Palestiniens, a estimé la CIJ.
L'Afrique du Sud, ainsi que le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez, ont salué ce que Pretoria qualifie d'une « victoire décisive pour l'État de droit international et une étape importante dans la quête de justice pour le peuple palestinien ». Pour l'Union européenne, les décisions « de la Cour internationale de Justice sont contraignantes pour les Parties et celles-ci doivent s'y conformer. L'Union européenne attend leur mise en œuvre complète, immédiate et effective », a indiqué un communiqué commun du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell et de la Commission européenne.
L'ordonnance rendue vendredi est « un avertissement important qu'aucun État n'est au-dessus de la loi », a de son côté réagi le ministre des Affaires étrangères de l'Autorité palestinienne, Riyad al-Maliki, dans un message vidéo. Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'est aussi félicité de cette décision.
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