interview

Théodore Gnagna Zadi, pdt de la plateforme nationale : <<    Nous demandons la reconnaissance de notre Centrale syndicale >>


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Publié le Lun 13 Novembre 2023 | Modifié le Lun 13 Novembre 2023 706 Vue(s) [9 articles]


Théodore Gnagna Zadi, pdt de la plateforme nationale : <<    Nous demandons la reconnaissance de notre Centrale syndicale >>

Les plus de 70.000 travailleurs membres des 150 syndicats qui composent la plateforme des organisations professionnelles, des secteurs publics et privés, de Côte d’Ivoire ne sont pas contents. Créée en 2015 et portée en première ligne dans la lutte pour la revalorisation des conditions de vie et de travail des travailleurs de Côte d'Ivoire, cette Centrale n’est en réalité,  pas encore reconnue comme centrale syndicale par les autorités ivoiriennes. Toute chose que dénonce son président, Théodore Gnagna Zadi qui lance dans cet entretien, plus qu’un cri de cœur, un appel, voire un SOS au président de la République, afin d’obtenir cette reconnaissance.

Le mécontentement est visible ici à votre niveau. Qu’y a t il ? 

C’est juste. Ce que nous recherchons c’est la reconnaissance pleine et entière de la plateforme nationale comme centrale syndicale des travailleurs.

Vous voulez affirmer que la plateforme des organisations professionnelles des secteurs publics et privés de Côte d’Ivoire n’est pas encore reconnue par les autorités de l’État de Côte d’Ivoire ?

Elle est reconnue techniquement au niveau des textes parce qu’en 2019 un arrêté du ministre de l’emploi, qui est le ministre en charge des syndicats, à consacré la liste des organisations qui peuvent être considérées comme Centrales syndicales. Et la plate-forme, après l’étude des dossiers techniques, a pu être retenue. En tout,  six (6) organisations ont été retenues dont la plate-forme. Et c’est le ministre Abinan Kouakou qui a signé cet arrêté. 

Mais quelle reconnaissance pleine et entière recherchez vous à nouveau d’autant qu’après étude des dossiers votre plateforme a été retenue au nombre des six, comme vous le dites ? 

En réalité, nous devrions aller à des élections professionnelles, parce-que la Côte d’Ivoire est le seul pays dans la sous région où les organisations syndicales ne sont pas évaluées. Ceci pour voir leur légitimité sur la base des élections professionnelles conformément au code du travail en son article 54 alinéa 2, qui indique que la seule méthode pour jauger la représentativité d’une organisation, c'est l’élection professionnelle. Ce n’est pas l’ancienneté, ni l’accointance. Ce n’est rien de tout cela. Or, notre pays refuse jusqu'à présent, sur des bases que je ne sais pas trop, d’organiser ces élections professionnelles. Le processus avait commencé sous le ministre Jean Claude Kouassi en 2018. Et c’est sur la base de ce processus technique qui a consisté en la reactualisation des bases de données des centrales syndicales que les six candidats aux élections professionnelles ont été retenus. 

Et le code du travail précise en son article 53. 2 qui est Centrale et quels sont les critères pour être Centrale syndicale. Cet article indique que ’’pour être considérées comme Centrales Syndicales, ou confédérations, les organisations doivent avoir en leur sein, trois (3) fédérations au moins issues de secteurs d’activités diverses Il faut donc avoir quinze (15) syndicats, issus de secteurs d’activités différentes pour être considérée comme Centrale. Et notre plateforme nationale réuni tous ces critères. Nous avons le PV de délibération du comité technique mis en place par le gouvernement ivoirien. A l’issue du travail de ce comité qui a duré deux ans,  la plate-forme  à été retenue aux  côtés des cinq (5) anciennes.

Que voulez-vous  en définitive ?

Nous demandons l’organisation des élections professionnelles, pour que notre reconnaissance soit pleine et entière. Là où se trouve l’injustice, c’est que le Gouvernement, après avoir arrêté le processus électoral, qui devait avoir lieu les 2 et 3 avril 2019, a préféré revenir sur la situation antérieure en reconnaissant les cinq (5) anciennes Centrales, et en nous mettant à l’écart. Tout en nous demandant d’attendre l’organisation des élections professionnelles un jour. Il y a quatre ans aujourd'hui que nous attendons. Pour nous, s’il n’y a pas d’élections professionnelles, toutes les six centrales sont reconnues d’office, jusqu'à l’organisation d’élections prochaines. 

En nous mettant de côté, et en gardant les autres,  sous prétexte qu’elles sont plus anciennes que nous, c’est une grosse injustice qui nous est faite. Or sur ces dix dernières années, l’Organisation qui a vraiment travaillé, non seulement pour l’améloration des conditions sociales des travailleurs et le maintien de la paix sociale, c'est la plateforme. Tout est parti de 2017. A l’issue de notre grève historique, nous avons changé le visage du syndicalisme en Côte d’Ivoire. Avant nous, il y avait des grêves partoput chaque jour. C’était le lot quotidien des Ivoiriens. Mais depuis 2017, après les négociations avec le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, ayant abouti à la première trêve sociale de cinq ans, le climat social s’est decrispé et est apaisé dans notre pays. De plus, c’est devenu une institution en Côte d’Ivoire. Au point d’aboutir à une deuxième trêve sociale en 2022. Il est donc incompréhensible qu’une telle organisation soit écartée de son statut de Centrale syndicale. C’est d’autant plus incompréhensible encore pour nos camarades dont nous subissons la colère et l’impatience. 

Avez-vous saisi les autorités, afin de signifier votre préoccupation ? 

Nous sommes entrés en contact avec toutes les autorités. Nous avons tous les courriers. Nous avons même saisi l’international. Et l’international en 2019 a écrit au ministre Abinan Kouakou, qui m’en a voulu, me reprochant d’exposer mon pays, à la vindicte à l’international.

Mais votre présence régulière aux côtés des autres centrales syndicales lors des négociations avec les autorités ou lors des débats ne laisse pas penser que vous êtes écartés en ce qui concerne cette reconnaissance.

C’est comme ça. Dans un partenariat, il y a toujours quelqu’un qui veille à ce que la relation soit bien présentée. C’est ce que nous faisons parce que je ne veux pas montrer que le rôle que joue Gnagna Zadi, dans les discussions soit frappé d’ostracisme. Je pense qu’en étant présenté ainsi, le Gouvernement serait mal vu. On a toujours travaillé à faire en sorte que ce ne soit pas su par le grand public. Au point que c’est à présent que vous le découvrez, vous-mêmes. J’estime qu’on a suffisamment négocié dans les coulisses. Des promesses nous ont été faites. Même pour la trêve sociale de 2022, c’est encore nous. C’est nous qui avons tout préparé avec le Premier ministre Achi Patrick et la promesse de notre reconnaissance nous a été faite. Malheureusement il y a eu des blocages jusqu’à ce qu’il ne soit pas là aujourd’hui. La ministre Anne Ouloto a fait les mêmes promesses, le ministre Adama Camara qui est le détenteur du dossier a fait toutes sortes de promesses. Même la promesse d’organiser des élections professionnelles en 2021. Jusqu’aujourd’hui rien n’a été fait et ils n’en parlent plus. Mais j’ai sur moi la pression de mes camarades.

C’est donc un cri de cœur que vous lancez ?

Oui, c’est même plus qu’un cri de cœur, c’est un appel au Président de la République lui-même pour que justice soit faite. Parce que tout ce que nous faisons il en est le garant. Il est le garant de la paix. Il est les garant de la trêve sociale que nous avons signée. Et en tant qu’acteur majeur de ce processus, je pense que le minimum qu’on doit nous donner, c’est quand même cette reconnaissance nationale. Ce que j’attends, le dernier palier pour nous c’est cette reconnaissance de notre Centrale.  Aujourd’hui c’est un malaise qui est très mal vécu par les travailleurs. Je suis sous la pression de ces camarades qui estiment que nous n’avons pas suffisamment bien négocié cette reconnaissance et nous avons signé la trêve sociale. Pour eux c’est une trahison. Et ceci peut être source de crise au sein de notre organisation aujourd’hui. C’est donc cet appel que je lance. Nous avons écrit moult fois des courriers directs au président de la République. Des amis ont écrit pour nous. Mais rien. Nous constatons un silence méprisant.  Et définitive, pour nous, à défaut d’organiser des élections professionnelles, qu’on nous permette d’être avec les autres. Il n’y a que six (6) Centrales. Et sur les six on doit retenir cinq. Je pense que la Côte d’Ivoire a les moyens pour garder les six. Surtout que nous participons à tous les débats qui concernent le maintien de la paix sociale.

Vous auriez été à la base de l’obtention du treizième mois de salaires des fonctionnaires. Est-ce le cas ? 

Oui nous avions fait cette demande autrefois, et grâce à la ‘’vista’’ du chef de l’Etat nous avons obtenu gain de cause. C’est vrai que nous avons changé le nom pour l’adapter à nos réalités. Finalement nous avons obtenu une prime exceptionnelle de fin d’année. Pour nous, c’est notre treizième mois qui constitue les 33, 33 % du salaire brut qui est payé entre le 1er et le 10 janvier de l’année nouvelle. Le fonctionnaire peut donc faire la fête tranquillement en décembre, ce qui n’était pas le cas depuis 1960. On avait la hantise des fins d’année, parce que c’est le même salaire qui devait faire les quatre fêtes. Et gérer toutes les autres charges. Ce qui faisait que le mois de janvier était un mois d’absentéisme au travail. Ce qui entrenait une baisse de la rentabilité et de la performance de l’administration. Nous réglons ce problème grâce à ce gain. Au plan politique le Président Alassane Ouattara est le premier a avoir institué une telle prime qui va être gravée dans le marbre pour la vie. C’est pourquoi nous l’avons appelée  la prime ‘’ADO’’ pour lui rendre hommage. Et pour ça, nous avons mené les négociations pour qu’on y arrive et le Gouvernement nous a compris.           


Réalisée par Marcel Tim 

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